mardi 4 août 2015

Produire et consommer à l’ère de la transition écologique











Entre avril 2013 et avril 2014, l’association Futuribles International a mené une étude prospective visant à examiner les impacts sur les ressources naturelles que pourrait avoir le développement à l’horizon 2030 de modes de production et de consommation aujourd’hui alternatifs.
Cette étude a été motivée par un double constat :
- d’une part, celui, popularisé dans les années 1970 par les travaux du Club de Rome, que la croissance de la consommation matérielle mondiale exerce une pression croissante et à long terme insoutenable sur les ressources naturelles et les écosystèmes ;
- d’autre part, le constat qu’émergent, depuis quelques années, des modes de consommation et de production plus économes des ressources naturelles, mais qui restent aujourd’hui peu développées alors qu’ils sont susceptibles de réduire la consommation de ressources naturelles.

L’étude visait donc à examiner sous quelles conditions des modes de production et de consommation aujourd’hui alternatifs pourraient se développer et quels scénarios globaux pourraient en résulter à l’horizon 2030.

Notre mode de développement actuel est fondé sur une croissance économique continue qui se traduit physiquement par une augmentation de la consommation matérielle et des ponctions sur les ressources naturelles. .
La pérennité de ce modèle de développement est menacée par la raréfaction des ressources naturelles disponibles et par les pollutions générées par les processus de production.
Les projections établies par le PNUE manifestent que la poursuite des tendances actuelles au cours des 30 prochaines années se traduirait par des crises importantes d’accès aux ressources, et par des niveaux de pollution insoutenables.
Des transformations de grande ampleur des modes de production et de consommation sont donc nécessaires. La croissance économique mondiale ne peut être durable qu’au prix d’un découplage absolu avec celle de la consommation de ressources naturelles.

1 pic de consommation en France ?
En 2011, le chercheur anglais Chris Goodall a considéré que le Royaume-Uni avait atteint un « pic de consommation ». En effet, il a observé qu’alors même que la croissance éco-nomique du pays restait positive, sa consommation globale de matières et de certains biens (viande, voitures…) par les ménages diminuait depuis le début des années 2000.
Le Royaume-Uni aurait en quelque sorte expérimenté un découplage « naturel » entre croissance économique et consommation de biens matériels.
Cependant, une analyse plus approfondie invite à relativiser cette conclusion :
- la diminution des indicateurs globaux de consommation de matières de la Grande-Bretagne est en partie liée aux délocalisations à l’étranger de productions dont les consommations de matières sont très imparfaitement prises en compte par les outils statistiques existant ;
- la baisse de consommation observée pour certains biens peut être compensée par des hausses pour d’autres biens.
Un pic de consommation peut-il s’observer en France ? Pour le savoir, une analyse approfondie des évolutions de la consommation en France a été réalisée.

Depuis 1960, d’après la comptabilité nationale de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), la consommation des ménages français a été multipliée par 4,5 en volume monétaire (quantités exprimées en millions d’euros 2005).
Des pics de consommation ont pu être observés pour la certains biens comme la viande, le tabac, les carburants, les automobiles, les journaux… Ces pics peuvent être pour certains déjà anciens (10 ans ou plus) et relever de moteurs très différents : évolution des modes de vie, saturation des équipements, progrès technique…
Cependant, ces pics s’accompagnent très souvent de phénomènes de substitution entre les biens consommés. Par exemple, la consommation de viande par personne a tendance à diminuer en France, mais cette baisse a été compensée (en termes de calories) par une hausse de la consommation d’autres aliments, notamment les produits d’origine animale (oeufs, produits laitiers…).
Globalement, la France se caractérise donc par une croissance continue de la consommation matérielle. Et des indicateurs comme l’analyse du cycle de vie révèlent qu’en dépit des progrès techniques, la fabrication, l’utilisation et la fin de vie des biens de consommation entraînent une utilisation toujours plus importante de ressources non renouvelables..
100 pratiques innovantes pour la production et la consommation
À l’ombre des modèles de production et de consommation dominants au niveau mondial se multiplient des initiatives contribuant à construire des modèles plus sobres en ressources.
Ces initiatives peuvent exister depuis des dizaines d’années ou, au contraire, être très récentes. Elles peuvent être portées par des multinationales, des associations ou de simples consommateurs. Elles peuvent nécessiter des investissements de plusieurs millions d’euros ou une simple évolution des pratiques de consommation. Mais toutes ces initiatives pourraient théoriquement être développées en France et permettre une réduction plus ou moins importante de la consommation de ressources ou des pollutions.
100 initiatives ont été repérées à l’échelle internationale et ont fait l’objet d’une courte fiche, regroupées dans un catalogue.
10 leviers pour une consommation et une production durables
À partir de ces initiatives, 10 familles d’innovation qui sont autant de leviers de réduction de la consommation de ressources ont été identifiées.
Ces leviers peuvent relever du champ de la production ou de la consommation, et faire appel à différents acteurs et outils. Chacun de ces leviers a donné lieu à une note d’analyse prospective suivant un modèle harmonisé.
Pour chacun de ces leviers, une innovation particulière a fait l’objet d’une analyse approfondie. Le potentiel de développement de cette innovation et son impact environnemental ont été étudiés.
Puis les moteurs et les freins au développement de la famille d’innovations sont identifiés, et une évaluation de son potentiel de développement, en France ou dans le monde, à l’horizon 2030 est proposée. Enfin, leur impact environnemental (ressources et externalités) est étudié.
1) Des processus de production réduisant les consommations de matières
2) La substitution de ressources rares par des ressources renouvelables ou abondantes
3) L’économie de fonctionnalité
4) Le réemploi et la réparation
5) La location entre particuliers
6) La valorisation de la fin de vie des produits
7) Des initiatives favorisant l’économie circulaire
8) Les circuits de proximité
9) Des systèmes d’information pour optimiser l’utilisation de ressources / réduire les gaspillages
10) Des incitations publiques à la réduction de la consommation de ressources

4 scénarios pour produire et consommer autrement en 2030
Les différents résultats de l’étude ont permis d’envisager quatre scénarios pour la consommation en France à l’horizon 2030, et les évolutions associées des modes de production.
Ces scénarios résultent d’une mise en cohérence de l’ensemble des leviers, des tendances et des incertitudes identifiés au cours de l’étude. Ils tiennent compte, en particulier, des incompatibilités entre certains de ces leviers, des comportements des consommateurs et des effets rebond, des changements des modalités de production, des actions publiques, etc.
Ils sont construits par des changements d’échelle de certaines pratiques déjà existantes, mais minoritaires, qui se développent à des ampleurs différentes dans chacun des scénarios.
- « Consomouv’ » est un scénario tendanciel fondé sur le prolongement des tendances passées ; de rupture majeure)
- « Consomalin » envisage une généralisation des pratiques de consommation relevant du partage et de la mutualisation ;
- « Consophistication » part du principe que l’appétit pour la nouveauté ne faiblit pas, mais que le modèle de l’économie de fonctionnalité, reposant sur la location de biens plutôt que sur la vente de biens neufs se diffuse largement ;
- « Consobriété » décrit la mise en place d’un nouveau modèle économique basé sur le recyclage et l’économie circulaire.

Scénario 1 : Consomouv’, du nouveau et du neuf à tout prix
Il s’agit du scénario tendanciel, basé sur la prolongation des tendances passées. Il envisage :
• Une croissance économique molle
• Une diversification des pratiques de consommation mais une hausse globale du volume de consommation
• Un maintien des logiques d’optimisation de la production et de limitation des gaspillages
• Mais pas de remise en cause de l’économie linéaire
• Une politique publique basée sur l’information et la sensibilisation des consommateurs et des producteurs

Scénario 2 : Consomalin, du nouveau mais pas du neuf
Ce scénario envisage une généralisation en termes de publics et de biens des pratiques de consommation relevant du partage et de la mutualisation. Il envisage :
• Un maintien de l’attrait pour la consommation et la nouveauté
• Mais une hausse du coût des matières premières et un contexte économique tendu
• Une généralisation des pratiques de débrouille, de mutualisation, d’échange
• Accompagnée par les entreprises qui investissent l’ensemble du cycle de vie des produits
• Elles vendent des biens plus réparables et multiplient les services après-vente
• Ces pratiques sont encouragées et facilitées par l’État et les collectivités locales

Scénario 3 : Consophistication, du nouveau et du renouvellement
Ce scénario imagine une diffusion progressive du modèle de l’économie de fonctionnalité, reposant sur la location de biens plutôt que sur la vente de biens neufs. Il envisage :
• Un maintien de l’attrait pour la nouveauté et le renouvellement
• Mais une hausse très forte du coût des matières premières et des biens
• Couplée à une politique d’incitation par les prix pour favoriser les ressources renouvelables
• Les entreprises proposent des forfaits de location des biens durables
• Elles restent propriétaires, se chargent de l’entretien et de la récupération en fin de vie
• Le principe de satisfaction des besoins s’étend à l’alimentation, au logement, à l’énergie…

Scénario 4 : Consobriété, du nouveau, mais renouvelable
Ce scénario décrit la mise en place d’un nouveau modèle économique basé sur le recyclage et l’économie circulaire. Il envisage :
• Le coût des matières premières explose, les pénuries et crises sanitaires se multiplient
• Une stratégie européenne vise à favoriser les ressources renouvelables et le recyclage
• Les modes de production se réorganisent, les partenariats et les filières de recyclage se multiplient
• Une première phase de sobriété contrainte pour les consommations
• Puis stabilisation et rentabilisation des nouveaux modes de production
• Mais dualisation de l’offre et des pratiques (biens simples et recyclables / biens complexes, peu recyclables)


4 enseignements
 Les modes de consommation actuels peuvent se maintenir à l’horizon 2030…
 …Mais ils auraient des impacts insoutenables sur les ressources et les écosystèmes
 Les modes de consommation et de production alternatifs peuvent être porteurs de nouveaux modèles de développement plus respectueux des écosystèmes.
 Les leviers de ces changements d’échelle peuvent être économiques (prix des matières premières, croissance économique en berne), politiques (action des pouvoirs publics), ou sociales (volonté collective forte).
1 veille sur les tendances émergentes de consommation
Afin de prolonger les réflexions de l’étude, Futuribles International lance Vigie consom-mation, un programme de veille et d’analyse consacré à l’évolution des modes de consommation en France. Ce dispositif permet d’étudier les tendances lourdes en matière de consommation, ainsi que de repérer et d’analyser l’émergence de pratiques et de nouveaux modes de consommation, en s’interrogeant sur leurs conditions de diffusion et de pérennisation. Un accent particulier est mis sur les pratiques permettant de réduire la consommation de ressources et les impacts environnementaux.

Mirakl; une nouvelle étoile de la french tech





Les fonds North 83 et Felix Capital s’invitent dans la start-up française Mirakl. Un soutien financier qui servira à faire des étincelles sur le marché nord-américain
Ce sera assurément l’une des plus grosses levées de fonds effectuées par une start-up française en 2015. L’éditeur de logiciel Mirakl a annoncé le deal : 20 millions de dollars apportés par deux sociétés d’investissement prestigieuses basées à Londres, l’anglo-israélienne North 83 et Felix Capital, le fonds du serial investisseur Frédéric Court.
Les deux fondateurs du spécialiste des solutions de marketplace, Philippe Corrot et Adrien Nussenbaum, restent majoritaires au capital de leur entreprise de 50 personnes (pour 10 millions d’euros de chiffre d’affaires annoncé en 2015).
C’est la deuxième levée de fonds opérée par Mirakl, après celle de 2,5 millions d’euros en novembre 2012 (Elaia Partners, Xavier Niel, Laurent Dassault).
Leader dans la création de places de marché
En moins de trois ans, la start-up est devenue le leader mondial dans la création de places de marché. Darty, Auchan, Nature & Découvertes font partie de ses clients. Mirakl a le vent en poupe. Car pour beaucoup de e-marchands, installer une marketplace sur leur site Web, c’est à dire un espace qui permet à des vendeurs partenaires de proposer leurs produits, est une réponse efficace aux enjeux de croissance et de rentabilité du commerce en ligne.
Entre 2012 et 2014, la part des marketplaces dans le chiffre d’affaires du e-commerce français a doublé. Une croissance deux fois supérieure à celle de la vente en ligne classique. Un engouement que l’entreprise a accompagné. « Désormais, plus de la moitié des places de marché en France sont équipées de la technologie Mirakl », affirme Philippe Corrot, cofondateur, qui revendique une cinquantaine de clients dans le monde.

Le marché ? Planétaire
Le terrain de jeu de la start-up : la planète. C’est ce qui en fait une pépite qui attire les convoitises des investisseurs. Déjà, la majorité de son chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger. L’Amérique du nord est maintenant sa priorité et elle y a déjà décroché quelques belles références, comme le canadien Best Buy. Le nouvel apport en capitaux tombe à pic pour booster l’activité dans cette région du monde, « un vivier important d’entreprises qui ne veulent pas se laisser damer le pion par Amazon ».
« Notre solution très flexible peut s’adapter à tous les modèles de marketplace et à tous les sites spécialisés, du textile au bricolage en passant par la santé », explique Philippe Corrot. Avant la fin de l’année, une quinzaine de personnes seront à pied d’œuvre dans les bureaux Mirakl à Boston. Adrien Nussenbaum, cofondateur, y a déjà posé ses valises pour piloter la branche américaine de l’entreprise. Grâce à ses investissements aux Etats-Unis mais aussi dans des pays aussi prometteurs comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, Mirakl espère dépasser la barre des 1.000 clients dans cinq ans.

vendredi 10 juillet 2015

Thierry Bardy - Design, Business & Brand: How Creativity Becomes Innovation



What once were considered innovative capabilities are becoming core business skills.
One of the closest neighbours to INSEAD’s Asia Campus in Singapore is a nine-story glass-clad structure that may seem strangely familiar to Star Wars fans. It’s shaped like, and named after, the Sandcrawler mobile fortress featured in the original movie trilogy. This is where Lucasfilm and its parent company Disney have their Southeast Asia headquarters.
Earlier this year, Disney SE Asia executives made the short trek over to the campus to take part in a collaboration with INSEAD MBA students and exchange design students from the Art Center College of Design in Pasadena, CA. Under the direction of Manuel Sosa, INSEAD Associate Professor of Technology and Operations Management, the  collaboration—the first of its kind for all three participants—sought to reproduce in a campus environment the real-world conditions that enable innovation. Students worked in the manner of a design start-up, whose “client” happened to be one of the biggest brands on earth. The Art Center contingent was specially selected by their chair of product design Karen Hofmann, champion of the collaboration with INSEAD, for their deep design innovation and team skills. Disney’s challenge was wide open: Develop a new product, service, or experience concept as part of the brand’s expansion into new Asian markets. The interdisciplinary teams of MBAs and designers were given just four weeks to wow the executives with their creations.
Gestating an Innovation Culture
INSEAD’s partnership with the Art Center began over a decade ago, but bringing in Disney represented a deepening of the relationship between the two schools. “We wanted to push it to the next level, by creating the learning opportunities for our students to experience the value of putting creative thinking in action,” Sosa says. “This makes the exercise a lot more realistic. When you are creating something new for a brand, you have stakeholders within the brand who will determine whether the ideas have potential.”
The raised stakes demanded a new approach based in Sosa’s conviction that “bringing design in the house” can be a transformative catalyst for an entire organisational culture, not just a boon to innovation teams. He cites the recent history of companies such as Belkin International to illustrate how designers can be creative role models for leaders locked into a familiar way of doing things. If business schools want to prepare their graduates to join this new breed of innovative companies, introducing students to “design thinking” may not be enough. B-schools may need their own homegrown innovation hubs. “We were behaving like a small design firm. We needed to create our own culture while creating these new product/service concepts for Disney,” Sosa says.
Sosa and the students toyed with the physical classroom environment, creating a workspace unlike anyplace else on the campus. Orderly rows were replaced by cluster seating to facilitate close collaboration; whiteboards on wheels were on hand to aid in brainstorming. Legos and bean bag chairs, among many other playful touches, encouraged an atmosphere of childlike creativity. (The uniqueness of this work environment, and of the collaboration generally, was captured in a two-minute video aired on Channel News Asia.)
Teams took turns being cultural stewards by adding something new to the space each week. MBA student Angela Ang recalls, “One week there was an installation of toilet paper that read ‘Don’t Be Afraid To Have Shitty Ideas.’” Elsewhere in the space, Disney-inspired photocollages and images of Disney characters gave a sense of full-on immersion in the brand’s core values.

INSEAD and Art Center students in their unique workspace.
Values That Travel
From the outset, the brand was adamant that it wouldn’t be enough to put an image of a Disney character on a cool new product. Disney wanted a truly innovative solution that would organically extend its core brand values into a specific Asian market. Students would have mere days to choose a target market and complete customer insighting. “Asia is a wonderfully diverse landscape,” says Disney SE Asia’s managing director Robert Gilby. “It’s important not to assume there is one Asia…Localisation to us is customisation. It’s speaking to customers within their own culture, not just language but in values relevant to their society. Most of Disney’s core values, because they are so positive, will travel across diverse markets.”
With the Art Center designers leading the way, the teams embarked upon a rapid ideating process that pushed the MBAs out of their comfort zone. Led by their business background to believe there was only one right answer to a problem, some struggled to let unrefined or unworkable ideas out into the world. “I guess that’s how you approach it when you’re an entrepreneur,” Ang says. “You birth one idea and you’re super-passionate about it as opposed to coming up with 20 ideas or 80 ideas.” Ang says her team ultimately compiled a spreadsheet with 77 basic concepts, including consumer products, mobile apps, even a television show – then voted on the top five ideas to present to Disney.
Let Me Re-Iterate
Art Center student India Hillis, who was on the same team as Ang, says, “A lot of the teams felt strongly about one idea, but Disney might say that the idea wouldn’t work well with the brand or would suggest combining two ideas.” In the end, the simplest idea in Hillis and Ang’s spreadsheet was the one Disney liked best. Through iteration, the team continued to simplify the concept, shedding unnecessary features as they moved toward the final pitch.
Gilby believes that the iteration phase—where ideas may repeatedly cycle through various testing and evaluation stages—is largely where both the magic and the discipline of design come in. Iteration has been at the heart of Disney’s creative process since the beginning, he says. “One of my creative partners says, ‘Creativity and innovation: put them together, you get “creation”. We saw the students go through that process.”
Creative Tension
Ang and Hillis agree that learning to work alongside people from such a vastly different background was a rewarding experience, but not without challenges. “Designers would find themselves explaining something to the MBAs, and you would feel that you shouldn’t have to explain it. It should be obvious,” says Hillis. “But then ten seconds later, it would be the opposite. MBAs would feel like, ‘Why aren’t you guys just getting it?’”
Fairly quickly, though, the two camps found common ground, according to Ang. “[Designers and MBAs] are all very driven and very competitive. In some sense, I felt the designers were even more competitive than we were!”
By the final pitches, Gilby says that the teams worked together so smoothly that he would not have been able to tell which school the students came from. “It was really attractive how they came together as teams…The pitches were just fantastic – it was more like being in a Disney boardroom than being in a university.”
Final Analysis
The realism of the INSEAD/Art Center/Disney collaboration may have made it a prime example of the “two-sided innovation” called for by author Mark Payne in his 2014 book How to Kill a Unicorn. Payne asserts that design thinking cannot realise its potential without a solid underpinning of business strategy. The left and right sides of the brain must be working in tandem from the beginning, or as Payne terms it, “designing the consumer proposition and the business proposition at the same time.” This is one key way organisations can address unprecedented business problems such as the one posed by Disney SE Asia.
If the dreams of designers could use a B-school reality check, the business world may increasingly need the human touch creatives possess. “In the past, people may have attributed these areas to softer skills, but these are core skills,” Gilby says. “The world is becoming increasingly complex, ambiguous, uncertain and volatile. Standing out requires really compelling stories.” And as Sosa puts it, “creating such compelling stories requires the successful integration of creative and business thinking.”

Thierry Bardy - Masstige ; une déclinaison du marketing ou du design advanced ?
















Thierry Bardy ; Masstige , marketing , design tendance...
Depuis dix ans, le marketing gagnant se nomme « masstige ». Ce néologisme, contraction de « mass market » et prestige, exprime l'alliance des codes du haut de gamme avec la fourniture d'un produit de bonne qualité standard. Le prix ? Un peu plus cher qu'une marque de « mass market » mais sans hausse au-delà de 10 à 15 %. Le consommateur européen est demandeur de cette nouvelle « catégorie marketing » qui lui donne l'illusion d'être riche en étant simplement aisé.
Nespresso est la marque symbole du masstige : tous ces codes du luxe, dans les produits, le service et les rares lieux de la marque pour une capsule à 40 centimes ! Beaucoup peuvent s'offrir ce petit plaisir. La masse des consommateurs est là, et chacun d'entre eux se sent honoré par ces délicates attentions issues du marketing « prestige ».
Le bijoutier Swarovsky utilise la même approche du « petit produit » dans un écrin très valorisant. En début d'année, les cuisines Schmidt ont adopté ce positionnement « masstige » en modifiant leur approche clients et en se dotant d'une nouvelle signature : « le sur-mesure n'est plus un luxe ». Visiblement, les consommateurs apprécient.
La réussite d'Uber repose, paradoxalement, sur le masstige. Préférez-vous un taxi vieillot et pas sympa plutôt qu'un type jeune, en cravate et qui vient vous ouvrir la porte ? Les nouvelles « ubérisations », issues de mauvaises expériences passées, adoptent, spontanément avec la facilité Internet, ce « petit plus » qu'on appelle « masstige », synonyme de l'attention portée à ses clients. Si c'est plus sympa, plus rapide et moins cher, pourquoi s'en priver ? 

mercredi 8 juillet 2015

Thierry Bardy " Michel Bauwens: adepte de J Rifkin"



Tags ; économie du partage, économie de fonctionnalité, destruction créative , Shumpeter, uber, Airb&b



Michel Bauwens : « Uber et Airbnb n’ont rien à voir avec l’économie de partage »






Ancien chef d’entreprise, Michel Bauwens étudie depuis une dizaine d’années l’économie collaborative et ses réseaux qui s’organisent pour créer des outils partagés et mutualiser les savoirs et le travail. Auteur de « Sauver le monde, vers une société post-capitaliste avec le peer-to-peer » (Les Liens qui libèrent), il est l’un des théoriciens des « communs », un modèle économique et politique d’avenir selon lui, et une réponse à la crise écologique et de civilisation liée à la raréfaction des ressources. A condition que l’Etat joue pleinement son rôle de régulateur.
Comment analysez-vous la crise que provoque en France l’installation de plateformes telles qu’Uber ?
Il faut faire attention au vocabulaire qu’on emploie. L’« économie de partage » que j’appelle « pair-à-pair », où les individus s’auto-organisent pour créer un bien commun, a un potentiel émancipatoire important. Mais Uber ne relève pas de cette « économie collaborative » ou « de partage ».
Il s’agit plutôt d’une mise sur le marché de ressources qui, jusque-là, n’étaient pas utilisées. La différence entre une production pair-à-pair et Uber, c’est le morcellement du travail, la mise en concurrence entre les travailleurs pour obtenir un service, sans qu’ils aient accès à ce service, ce « bien commun », en l’occurrence l’algorithme contrôlé par la firme. Cela entraîne des déséquilibres, et avec eux la précarité. Quand Uber s’installe à Paris, les profits vont à ses actionnaires de la Silicon Valley. Ces entreprises sont compétitives car elles concurrencent les hôteliers et les taxis en parasitant l’infrastructure déjà existante. Elles n’ont pas à investir dans la construction d’automobiles ou d’hôtels. Cela leur donne un énorme avantage car elles captent une plus-value du fait de cette efficacité. Il y a là un vrai danger, en raison de la façon dont ce phénomène est encadré.
On parle beaucoup d’« économie de partage » ou d’« économie collaborative » mais, dans les faits, on s’aperçoit que les échanges sont monopolisés par des plateformes qui concentrent les données. N’y a-t-il pas contradiction ?
Pour bien comprendre le phénomène, il faut se pencher sur l’Histoire des « biens communs » qui ont toujours existé. Au Moyen Age, les paysans cultivaient des terres communes. Chacun contribuait à les entretenir et il existait des règles pour user des fruits et ne pas épuiser la terre. Ce qui change aujourd’hui, c’est qu’avec les moyens technologiques, on peut créer de grands communs de la connaissance, des logiciels, du design, à une échelle planétaire et qui permettent à toute l’humanité d’y contribuer et d’y puiser. C’est un tournant dans l’Histoire car c’est la première fois qu’une agrégation d’individus peut constituer de tels réseaux et contourner des institutions puissantes. Or ce phénomène est pour le moment dominé par l’économie politique du capitalisme. Chez Uber ou Airbnb, rien n’est partagé !

Justement, peut-on réguler et comment ?
Il faut accompagner cette évolution, réguler pour protéger les consommateurs et les travailleurs dont les positions sont affaiblies face à ces nouveaux monopoles. Mais réguler, cela ne veut pas dire protéger les taxis professionnels. On le voit, ces nouveaux services sont utiles et si une société les interdit, elle ne va pas être crédible. Une bonne régulation doit protéger les utilisateurs et les travailleurs contre une puissance potentiellement monopolistique sans pour autant protéger l’ancien modèle contre l’innovation. De nouvelles solutions sont à imaginer.
Lesquelles par exemple ?
A Séoul, en Corée du Sud, la municipalité de gauche a choisi d’interdire Uber, non pas pour protéger les taxis mais pour développer des applications locales, parce qu’il n’y a aucune raison qu’une société américaine gère les trajets d’une ville asiatique. Cela peut se faire avec une coopérative d’usagers ou une coopérative municipale qui permet de stimuler l’économie locale, et où la valeur reste équitablement répartie. Il faut développer l’imaginaire social et juridique ! Il existe des groupes de juristes en France comme Share Lex qui travaillent à transformer les lois en faveur de l’économie du partage, à créer une jurisprudence du commun. Les chartes sociales telles que celle de Wikipedia, l’encyclopédie collaborative par exemple, sont déjà de bons exemples de chartes du commun.
Au cœur de cette évolution, la question des données est centrale. A qui appartiennent-elles selon vous ?
Il s’agit de passer d’un capital extractif, qui capte la valeur des communs sans rien reverser, à un capital génératif où ceux qui contribuent à ce commun créent leur propre économie éthique.
Aujourd’hui les échanges sont dominés par de grandes firmes privées qui captent les données. Or, c’est à chacun de décider de ce qu’il veut partager. On pourrait imaginer que les usagers s’unissent pour créer des coopératives de données, des plateformes non plus capitalistiques comme aujourd’hui, mais collectivistes, où chacun serait propriétaire ou copropriétaire de ses données et du revenu qu’elles génèrent. Une plateforme vide n’a aucune valeur. Ce sont les utilisateurs qui co-créent sa valeur et pourtant trop souvent 100 % de cette valeur d’échange est captée par les propriétaires de l’outil. Il s’agit de passer d’un capital extractif, qui capte la valeur des communs sans rien reverser, à un capital génératif où ceux qui contribuent à ce commun créent leur propre économie éthique.
Chacun peut maintenant échanger, créer par lui-même. Va-t-on vers une société d’entrepreneurs ?
On vit dans une société où le salariat diminue et où l’activité indépendante est en croissance. De plus en plus de personnes quittent le salariat par choix, par désir d’autonomie et de sens, et de plus en plus de salariés sont aussi chassés de l’entreprise. Les deux phénomènes sont concomitants. Le problème, c’est que les investisseurs déroulent le tapis rouge seulement à ceux qui créent une start-up. Pour ceux qui veulent agir dans le cadre d’une économie solidaire et juste, il n’existe pas d’incubateur, d’accélérateur pour les aider. Il y a là un déséquilibre. Le monde de l’économie coopérative, sociale et solidaire, est en retard par rapport à la compréhension de ce potentiel et de ces nouvelles modalités.
Qui peut investir dans un projet qui ne lui rapporte pas personnellement ?
L’absence de brevet pose en effet un problème pour les investisseurs qui hésitent à investir s’il n’y a pas monopole, donc profits. Par exemple, une voiture comme Wikispeed, construite par une communauté sur un modèle OpenSource, et qui consomme 5 fois moins d’essence au kilomètre qu’une voiture industrielle, a du mal à trouver des investisseurs car le modèle n’est pas breveté puisqu’il s’agit d’un design ouvert. Mais parallèlement on voit apparaître des initiatives nouvelles, comme Gotéo en Espagne, une plateforme de financement participatif orientée vers le commun. Elle finance les projets à condition qu’ils produisent un bien commun et ancrent la communauté dans le processus de financement. Ce modèle, développé dans un esprit collaboratif, me semble intéressant du point de vue social et écologique, même s’il reste minoritaire aujourd’hui.
En quoi la culture du bien commun peut-elle être bénéfique du point de vue écologique ?
Toute la production capitaliste est fondée sur le principe de l’obsolescence programmée. L’avantage de la production pair-à-pair, c’est qu’elle ne s’inscrit pas dans cette dynamique de rareté. Concevoir un produit ou un service en communauté, pour l’utilité sociale, signifie automatiquement qu’il n’y a pas de privatisation. Les 26 voitures OpenSource qui existent aujourd’hui sont toutes conçues pour être durables. Lorsque autour du bien commun se développe une économie éthique qui permet de vivre de ces contributions, on entre dans un autre type de société.
De quoi vit-on dans une économie du pair-à-pair ?
Autour des biens communs se développent des services à valeur ajoutée qui créent une économie. Prenez l’exemple de Linux, un logiciel libre disponible et partageable par tous. Les trois quarts des développeurs de Linux sont payés. Quand un développeur travaille sur Linux, il peut l’utiliser comme il l’entend, et en échange, il contribue à améliorer le commun partagé. Personne ne lui est redevable puisqu’il s’agit d’un échange. Une étude américaine estime qu’un sixième du PIB est déjà partagé, ce qui représente 17 millions de travailleurs.
Vous évoquez dans votre livre une société « post-capitaliste », mais pour le moment, les outils collaboratifs servent plutôt le capitalisme.
Au regard de l’Histoire, quand un nouveau mode de civilisation émerge, il sert d’abord l’ancien système. Mais on voit bien aujourd’hui la contradiction entre le capitalisme et la raréfaction des ressources. A terme, je ne crois pas en un système de croissance infinie dans un monde qui lui est fini, où il faut régénérer les ressources. Dans une société en déclin, les individus inventent d’autres modèles. La production pair-à-pair apporte une réponse à cette fausse abondance matérielle. Elle renverse les valeurs. En ce sens, c’est une réponse à notre crise de civilisation.
Quel peut être le rôle des Etats face à ces évolutions ?
L’Etat a un rôle central à jouer dans l’organisation des biens communs. Il a le choix entre plusieurs voies possibles : freiner leur développement, comme en Espagne où le gouvernement se positionne contre la production d’énergie solaire par les particuliers par le biais de taxes, ou impose des lois contraignantes au financement participatif pour protéger les banques. Il s’agit d’une volonté politique de frein, voire de répression. Une autre façon de faire, c’est le pair-à-pair de droite comme aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, où l’Etat se désengage sous prétexte que « puisque vous pouvez le faire vous-même, on ne va plus s’en occuper ». Cette politique est aussi dangereuse car il faut des infrastructures pour la collaboration.
Quelle est la troisième voie ?
Plutôt que d’être dans une transmission de haut en bas en considérant les citoyens comme des consommateurs, une ville ou un Etat peut devenir un partenaire et faciliter l’autonomie sociale et individuelle
La troisième voie est à mon sens celle de Bologne où la ville, à travers The Bologna Regulation for the Care and Regeneration of Urban Commons, mène une politique facilitatrice, elle crée les infrastructures pour permettre aux gens d’exercer leur autonomie, met en place une régulation municipale pour le soin des biens communs : la loi autorise les habitants à proposer des changements pour leur quartier et s’engage à les aider à réaliser ces projets, avec un processus d’évaluation à la clé. Plutôt que d’être dans une transmission de haut en bas en considérant les citoyens comme des consommateurs, une ville ou un Etat peut devenir un partenaire et faciliter l’autonomie sociale et individuelle. C’est une source de progrès social. Plusieurs projets vont en ce sens en Italie.
Et en France, de telles initiatives ont-elles les conditions de se développer ?
Il en existe un grand nombre, la plupart promus par la Société civile. Des éco-agriculteurs ont ainsi créé une plateforme de création d’outils agricoles en OpenSource au sein de l’association « Atelier paysan » et aident aujourd’hui des paysans dans plusieurs pays à créer leur propre atelier de machines agricoles. C’est un modèle très intéressant qui pourrait être appliqué plus largement. Dans la plupart des grandes villes, de jeunes entrepreneurs sociaux se fédèrent pour mutualiser leur activité, créer leurs mutuelles, au sein de tiers lieux comme la Coroutine ou Mutualab à Lille, dans une dynamique naissante de culture collaborative. Le beau projet « Encommun.org » s’est donné pour objectif de créer une cartographie de tous les biens communs physiques et immatériels comme les flux et la mobilité. Cette culture peut apporter une réponse à l’individualisme et à la fragmentation propres à la postmodernité, en reliant les individus. C’est en ce sens que ce modèle est une réponse à la crise de civilisation et écologique que traverse l’Occident. D’ailleurs, c’est en Occident que cette culture se développe, parce que c’est ici qu’on en a le plus besoin.