vendredi 30 octobre 2015

Thierry Bardy - Réparer et réutiliser; l’émergence d’une économie de la seconde vie.



Thierry Bardy Club Open Prospective

 

 

 

 

 

Réparer et réutiliser:  l’émergence d’une économie de la seconde vie.
La crise économique qui touche les pays industrialisés depuis plusieurs années se traduit par des changements de comportements, et ce d’autant qu’elle intervient dans un contexte de prise de conscience de la raréfaction des matières premières,  et de la nécessité de modifier les comportements de consommation afin d’accéder à des modes de vie plus durables. Notre système économique linéaire « je prends, j’utilise, je jette »  ne sera plus envisageable d’ici la fin du XXIe siècle. Comment donner une seconde vie à nos déchets  et à nos produits manufacturés ?
Proche de l’économie circulaire, l’économie de la 2eme vie poursuit l’objectif de gérer les produits de la naissance à la renaissance en récupérant les pièces de ré-emploi, en recyclant les matériaux et en récupérant l’énergie issue des déchets.

Concernant le produit ou la transformation de la consommation.
Le marché de l’occasion est estimé par le cabinet Xerfi à 10, 6 milliards d’€, soit un quasi doublement depuis 2012. Il dépasse aujourd’hui 2% de la consommation totale des ménages, dans certains secteurs comme dans la téléphonie il a dépassé les 10 %.
A l’instar  d’Ebay ou du Boncoin.fr, les réseaux de vente et/ou  de dons d’objets se développent.
Les manufacturiers de biens et les pouvoirs publiques ont pris conscience de ce phénomène et adoptent des stratégies où l’obsolescence programmée est totalement bannie. 
La prise de conscience est réelle. Eco-systemes.fr, organisme à but non lucratif agrée pour la collecte et le recyclage des appareils électriques et électroniques usagés se paie le luxe de diffuser des spots publicitaires en prime time sur les chaines généralistes françaises. Aurait-on pu imaginer cela il y a encore 5ans ?

la gestion des déchets, la récupération et le recyclage
4 milliards de tonnes de déchets sur notre planète terre , 100 tonnes par seconde.
- le gaspillage alimentaire ne peut se pérenniser de la sorte . Les initiatives fleurissent çà et là pour parvenir à utiliser au mieux les invendus de la grande distribution et éduquer le consommateur à ne pas surconsommer.
- le tri sélectif devient essentiel et les mesures de contrôle s’amplifient , tant les couts de la sélection sont importants pour notre économie.
 - les biodéchets alimentaires d’origines végétales qui représentent 50% d’une poubelle française (fruits, légumes, céréales…) ou animales (viande, poisson, œuf, lait…) deviennent un enjeu économique important.

Aujourd'hui la communication sur la COP 21 met en exergue tout l'enjeu du climat pour nos générations futures et l'on ne peut que s'en féliciter. Notre pouvoir ou celui du simple citoyen de pouvoir influencer sur cette cause est quasi nul.
A contrario, le pouvoir citoyen dans le domaine de l'économie circulaire est tout entier. Reste à l'envisager et surtout de se prendre en main.

Thierry Bardy 

lundi 19 octobre 2015

Thierry Bardy - la cuisine à l'algorithme

Contribution à la réflexion du Club Open Prospective 

ROBOTS, IA ET IMPRESSION 3D, À QUOI RESSEMBLERA LA CUISINE DU FUTUR ?

Les nouvelles technologies commencent à débarquer dans nos cuisines. Des robots chefs, des drones serveurs, des imprimantes 3D qui « fabriquent » des aliments de toutes pièces, les initiatives se multiplient. Mais vers où se dirige-t-on vraiment ?.


Nous sommes en 2020, ou disons plutôt 2030. Laissons-nous aller à imaginer la cuisine ou le restaurant du futur : le client s'installe à une table, dans un environnement très épuré, high-tech. Les cartes apparaissent devant lui en hologramme, grâce à la réalité augmentée. Lorsque le serveur arrive pour prendre sa commande, il entend un léger vrombissement, presque imperceptible. Oui, les drones ont fait des progrès considérables et sont (presque) silencieux. Ce sont ces petits aéronefs qui lui apporteront ses plats, une « façon de rendre le travail en salle moins fatiguant » lui explique le serveur. En cuisine, les deux chefs ont des assistants bien particuliers. Alors que l'intelligence artificielle qui les a aidés à élaborer la carte qui a valu sa deuxième étoile au restaurant est désactivée pendant le service, plusieurs robots ont maintenant pris le relais. Grâce à un système de reconnaissance vocale et de fonction miroir, ils répètent les gestes des cuisiniers pour pouvoir envoyer les assiettes le plus rapidement possible. Niveau dessert, une boite s'active près des frigos : une imprimante 3D. Particulièrement élaborée, elle fonctionne beaucoup plus rapidement que les premiers prototypes qui sont arrivés sur le marché en 2015. La condition sine qua non pour une commercialisation massive a donc été respectée : elle fait gagner du temps...

Une telle histoire appartient-elle au domaine de la science-fiction ? Revenons maintenant en cette fin d'année 2015, où les innovations dans l'agroalimentaire ont été au coeur de toutes les attentions high-tech ces douze derniers mois.

Le service par drones ?

L'expérience a déjà été tentée il y a peu, à Singapour. Les clients du music bar et restaurant Timbre@The Substation peuvent assister depuis quelques mois à un étrange ballet aérien : une flotte de petits quadricoptères est présente pour assister les serveurs. Développés par l'entreprise locale Infinium Robotics, ils sont capables de porter en totale autonomie de la vaisselle, des plats ou des boissons, de la cuisine à la salle. Attention, le but n'est pas (pour l'instant) de remplacer la main d'oeuvre humaine. Les drones ne vont pas jusqu'aux tables des clients mais sont déployés pour éviter aux serveurs d'avoir à parcourir une distance trop importante pendant leur service. Les aéronefs font la navette entre la cuisine et un point spécifique de la salle, où une personne en chair et en os prend alors le relais pour l'interaction directe avec les clients.







 



L'intelligence artificielle dans les cuisines ?

Il n'y a qu'à s'intéresser à ce que peut déjà faire Chef Watson, pourtant au tout début de son développement. Concernant la robotique, plusieurs initiatives ont vu le jour, montrant avec une quasi-certitude que les robots seront aptes d'ici quelques années à entrer de manière efficace dans les cuisines. Ainsi la DARPA, l'Agence pour les projets de recherche avancée et défense aux Etats-Unis, a monté une équipe de chercheurs à l'université du Maryland, afin d'élaborer une nouvelle génération de robots à intelligence cognitive, capable d'apprendre et d'enregistrer des tâches uniquement en visionnant des vidéos. A partir de tutoriels YouTube, le « cuisinier mécanique » a pu sélectionner les ustensiles et les ingrédients dont il avait besoin et les utiliser avec précision. Le robot le plus élaboré est peut-être celui développé par Moley Robotics et Shadow Robot après plus de vingt ans de R&D. Formé de deux bras mécaniques, il reproduit de manière très précise les gestes qui lui ont été appris au préalable et peut refaire ainsi plusieurs centaines de recettes.









L'impression 3D ?

L'impression 3D dans l'agroalimentaire à destination du grand public n'en est qu'à ses balbutiements et pourtant une certaine concurrence commence à apparaître entre les différentes startups qui s'intéressent au concept. On peut citer Foodini en Espagne, la ChefJet de 3D Systems dans la Silicon Valley, PancakeBot qui est né sur Kickstarter, Choc Edge en Angleterre, ou encore Bocusini en Allemagne (lancé via le crowdfunding également).

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le mode de fonctionnement d'une imprimante 3D alimentaire est relativement simple. « Pour fonctionner, elle a besoin d'un fichier informatique avec un dessin 3D, et de matière, souvent liquide ou en poudre, contenue dans des cartouches. Le reste se fait par dépôt de couches successives » explique Bertrand Busson, cofondateur de la société wiShape. C'est donc dans les desserts que pour l'instant ces imprimantes 3D sont les plus performantes. La PancakeBot par exemple, n'est finalement constituée que d'une « simple » seringue remplie de pâte à crêpes, qu'elle relâche sur une plaque chauffante en suivant un dessin précis. Le travail sur le chocolat, bien qu'utilisant une technique similaire, propose quant à lui des réalisations qui laissent plus facilement imaginer le potentiel de l'impression 3D, comme on peut le voir par exemple dans les réalisations de l'école de design culinaire de Reims (ESAD-Reims) :



 






Pour David Desrousseaux, fondateur de la toute jeune entreprise Koppaz, l'impression 3D, surtout dans l'alimentaire, reste aujourd'hui dans sa grande majorité que la réappropriation marketing d'une technique inventée au début des années 1980. « Rares sont les machines qui font réellement de l'impression 3D et pas seulement du moulage. On peut citer par exemple les cubes en sucre de 3D Systems. Ils sont créés à partir de rien, par une succession de couches de poudre collées entre-elles par une solution et qui permettent un assemblage 3D. »




 




Le grand défi sera maintenant de parvenir à diminuer le temps de fabrication. Pour pouvoir s'imposer auprès du grand public, ou même dans les cuisines des professionnels ou des industriels, une machine doit pouvoir imprimer un plat en 3D en un temps record, afin de faciliter le processus de préparation. « Il faudrait également que les grands groupes électroménagers s'y mettent. Ce serait une bonne façon de démocratiser les usages. Pour l'instant on est dans une approche complètement B2B, les rares qui se sont essayés au B2C se sont cassés les dents » précise Bertrand Busson.

Selon David Desrousseaux, « les contraintes techniques sont encore trop importantes pour pouvoir imaginer une commercialisation de masse, sans oublier les impératifs sanitaires ». L'impression 3D alimentaire ne permet pas pour l'instant de créer des produits en série et s'axe surtout sur une customisation précise. « Ce qui semble adapté presque exclusivement à l'événementielle, en démonstration.» 

Aujourd'hui, deux « grands » se sont particulièrement intéressés à la question. Ils sont tous les deux aux Etats-Unis : le MIT et la NASA. Pour Bertrand Busson, c'est le MIT qui « occupe la première place sur le podium de l'impression 3D ». Notamment grâce à des machines à la pointe de la technologie et encore inégalées. Concernant l'agence spatiale américaine, l'impression 3D culinaire prend un tout autre enjeu : celui de parvenir à nourrir plus facilement les astronautes envoyés dans l'espace, en économisant les ingrédients et sans produire de déchets. Elle avait d'ailleurs fait les gros titres outre-Atlantique grâce à sa pizza en 3D...

Même si le concept est prometteur, il faudra donc attendre encore plusieurs années avant de voir des plats imprimés dans nos assiettes. Il sera nécessaire d'accélérer les méthodes de fabrication, diminuer les coûts pour rendre le processus rentable, et comme pour chaque innovation technologique arrivant à destination du grand public, attendre les législations qui l'encadreront.

lundi 12 octobre 2015

Gartner : 10 prédictions qui vont changer la face de l'industrie IT



Au cours des prochaines années, les interactions entre les hommes et les robots devraient s'intensifier. (crédit : D.R.)

Au cours des prochaines années, les interactions entre les hommes et les robots devraient s'intensifier. (crédit : D.R.)
Des robots aux objets connectés en passant par les logiciels autonomes, les années qui viennent s'annoncent riches en matière d'innovations technologiques. Le cabinet Gartner fait le point en 10 prédictions, dévoilées à l'occasion de son dernier Symposium d'Orlando.
A l'occasion de son Symposium ITxpo 2015 qui se déroule actuellement à Orlando, Gartner a dévoilé ses dix prédictions pour les organisations IT et les utilisateurs de l'IT pour 2016 et les années à venir. Cette année, le monde des robots et des machines est à l'honneur. Le cabinet estime que dans le futur, le monde sera conduit par les algorithmes et les machines intelligentes dans lequel les hommes et les machines devront définir une relation harmonieuse.
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1 - D'ici 2018, 20% des contenus d'entreprises seront rédigés par des machines. Selon Gartner, des informations analytiques et basées sur les données pourront être traduites en langage naturel écrit en utilisant des outils émergents. Les rapports d'activités dédiés aux actionnaires, les documents légaux, les rapports de marchés, les communiqués de presse, articles et white papers pourraient tous être rédigés par des automates.
2 - D'ici 2018, 6 milliards d'objets connectés finiront par demander de l'aide. Il s'agira alors de développer des mécanismes pour répondre aux demandes croissantes de supports des objets.
3 - D'ici 2020, des logiciels autonomes sans contrôle humain généreront 5% de toutes les transactions économiques. Les agents fonctionnant grâce à des algorithmes participent déjà aux transactions économiques. Bien qu'ils soient automatiques, ils restent contrôlés par des humains. Gartner s'attend à l'émergence de nouveaux logiciels entièrement autonomes et à la naissance d'un nouveau paradigme que le cabinet appelle l'économie programmable. Ceci pourrait fortement perturber le secteur des finances existant.
4 - D'ici 2018, plus de trois millions de travailleurs dans le monde seront supervisés par un «robo-boss». Les « robo-boss » seront de plus en plus nombreux à prendre des décisions qui auraient pu être prises par des managers humains. Dans la mesure où les fonctions de supervisions sont liées à la surveillance des performances des collaborateurs, qui sont mesurés par des données quantitatives, les décisions peuvent être prises plus rapidement par des machines intelligentes.
5 - D'ici la fin 2018, 20% des bâtiments connectés auront souffert de vandalisme numérique. Les bâtiments sont de plus en plus connectés et sont donc aussi plus vulnérables aux attaques. Ce n'est pas seulement une nuisance, il y aura aussi des conséquences économiques, en matière de santé et de sécurité. Les bâtiments doivent être construits de manière à offrir un niveau acceptable de protection et en intégrant aussi des systèmes de gestion et de contrôle de la sécurité.
6 - D'ici 2018, 45% des entreprises les plus dynamiques auront moins de collaborateurs que d'instances de machines intelligentes. Le cabinet prend comme exemple des supermarchés entièrement automatisés ou une société de surveillance utilisant uniquement des drones pour ses opérations de surveillance.
7 - D'ici la fin 2018, l'assistant numérique des consommateurs reconnaîtra les individus de manière faciale et vocale. Cela permettra aux entreprises de développer une expérience client exceptionnelle.
8 - D'ici 2018, 2 million de collaborateurs seront tenus de porter des dispositifs de contrôle de l'état de santé et de l'activité comme condition d'embauche. Ce sera notamment le cas pour les policiers, les pompiers ou pour les professions para-médicales. Le but sera d'assurer leur sécurité et de leur donner de l'aide aussitôt que le besoin se fait sentir. D'autres professions pourront être concernées par la suite, notamment les athlètes, les politiciens, les pilotes...
9 - D'ici 2020, les agents intelligents virtuels (VPA) faciliteront 40% des interactions mobiles et l'ère post-app commencera à dominer. Les VPA pourront prédire les besoins des utilisateurs, établir la confiance et finalement agir de manière autonome au nom de l'utilisateur.
10 - D'ici 2020, 95 % des failles de sécurité cloud seront la faute des clients. Les problèmes de sécurité restent la raison la plus fréquente pour éviter d'utiliser les services cloud public. Mais ce ne sont pas les fournisseurs qui seront à l'origine des problèmes de sécurité. Les organisations clientes de ces services cloud devront engager des efforts explicite pour la sécurité.

mardi 6 octobre 2015

Dans le futur, comment la mode et les nouvelles technologies cohabiteront-elles ?



Image actu
Dans le futur, comment la mode et les nouvelles technologies cohabiteront-elles ?
Éléments de réponse avec Arte Creative et son Fashioniscope.

Comment allons-nous être « fagotés » dans les décennies à venir et quel rôle la technologie
peut-elle avoir dans le milieu du prêt-à-porter ? Si pour vous aussi la peur de rater quelque chose est
une angoisse permanente (syndrome FOMO), Arte Creative livre son Fashioniscope avec
 7 looks totalement improbables et connectés.

En 2040, le retro hipster recevra un courriel de son slim en cas de prise de poids excessive,
le sari-survêt redéfinira la notion de luxe et d’élégance en 2070 et le fermier high-tech
déambulera en 2090 au milieu de son bétail avec sa combinaison Margiela, capable de résister à 
tous les temps. Une projection pleine d’humour réalisée par Alice Pfeiffer et l’illustratrice 
Lauren Mortimer qui nous donnent une idée de la future évolution de l’homme et de ses 
rejetons. D'ailleurs, si vous avez prévu d'avoir de charmantes têtes blondes ou brunes, voici un 
aperçu : « L’enfant du futur sera géo localisable à toute heure et son alimentation sera contrôlée – 
et ce, grâce au développement de vêtements intelligents – qui par ailleurs, ne se déchireront pas. 
Un cocon protecteur et fusionnel avec la maman ravie ! » Alors que le corps humain est 
appelé à devenir la nouvelle unité de paiement, le vêtement aura lui aussi une nouvelle fonction : 
celle de nous transformer en homme-machine ?










lundi 14 septembre 2015

Thierry Bardy - L’innovation dans une grande entreprise publique : la SNCF



       Innovation, Marketing et Technologies



regards croisés





 
Mercredi 23 septembre 2015 à 17h
aux Jardins de l’Innovation à Issy-les-Moulineaux.
 







L’innovation dans une grande entreprise publique : la SNCF


Thierry Bardy accueillera  dans son talk show "regards croisés"Barbara Dalibard, Directrice Générale de l'activité Voyageurs SNCF.


La SNCF a toujours été pionnière en matière d’innovation :
- Dès 2001, elle s’est associée à Expedia pour créer Voyages-sncf.com (4 milliards d’euros en 2015)

- La transformation digitale de l’entreprise et l’expérience de ses clients/voyageurs sont, tous secteurs confondus, des plus innovants : yield management, dématérialisation du billet, réservation internet multi devices, contrôle des billets en mobilité, espace Zen…

- Innovation dans son business model, création d’idTGV, de ouigo et tout récemment de TGV Pop

- Pour se confronter à « l’Uberisation » ou la « Blablacarisation » de son activité, elle met en place un dispositif de diversification sans précédent : covoiturage, bus, location de véhicules…

Aujourd’hui la SNCF souhaite devenir « opérateur de toutes les mobilités » tout en préservant son image d’entreprise de mobilité durable et de service public.

Ce « regards croisés » sera l’occasion de mieux comprendre les enjeux de ce secteur d’activité en plein bouleversement et en pleine transformation numérique, qui a tant fait parler de lui ces derniers mois.




mardi 8 septembre 2015

Thierry Bardy - Une singulière université: la Singularity University


Thierry Bardy
Retour sur une "singulière université" : 

Fondée par un gourou de l'intelligence artificielle avec le soutien de Google et de la Nasa, la Singularity University s'est donné pour mission de former étudiants, entrepreneurs et gouvernements aux bienfaits des nouvelles technologies. Cet institut très singulier vient de tenir sa première conférence européenne.

En cent six ans d'existence, les murs de la prestigieuse Académie de musique Franz-Liszt de Budapest n'avaient jamais abrité un pareil spectacle. Pendant deux jours, jeudi et vendredi derniers, la scène de la grande salle de concert, chef-d'oeuvre de l'Art nouveau hongrois, a vu se succéder un médecin issu de Stanford, un expert des voitures sans chauffeur, un homme au bras bionique, un promoteur du « bio hacking », deux spécialistes réputés de l'intelligence artificielle... Pour sa première conférence publique européenne, la Singularity University avait réuni une vingtaine d'entrepreneurs, d'ingénieurs, de chercheurs et de futurologues en provenance directe de la Silicon Valley, venus présenter les dernières avancées en matière de NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). Avec, à chaque fois, un sens de la mise en scène digne des célèbres conférences TED ou des « keynotes » de Steve Jobs : intervenants passionnés, écrans géants, images fortes et phrases chocs : « Notre objectif est que vous ne voyiez plus jamais les technologies comme avant », « Nos gènes sont un programme informatique », ou, encore : « Si vous ne vous intéressez pas au futur, votre entreprise peut finir comme Kodak. »
En face, un parterre de plus de 500 chefs d'entreprise, de fonctionnaires gouvernementaux et d'investisseurs ayant déboursé entre 2.600 et 6.500 euros pour deux jours de conférence. Un tarif à la hauteur de la promesse : comprendre comment la convergence et l'accélération des nouvelles technologies dessinent le monde de demain - et, accessoirement, comment y trouver des opportunités. Au cours de ces deux journées, ils auront découvert les projets de Google et d' IBM en matière d'intelligence artificielle, exploré la révolution médicale promise par la chute des prix du séquençage ADN ou écouté les promesses d'une ère d'abondance énergétique grâce au stockage des énergies renouvelables. Ils auront même vu marcher sur scène une femme paralysée depuis vingt ans, Amanda Boxtel, grâce à un exosquelette motorisé, en partie fabriqué par une imprimante 3D.
« On sort d'ici avec un état d'esprit différent, confiait samedi Philippe Oddo, gérant de la banque d'investissement Oddo & Cie, qui était l'un des rares Français présents dans la salle. Il y a un tel enthousiasme par rapport à ce que ces technologies permettent, et, en même temps, la certitude que tout cela va bientôt arriver. »
Si elle est encore quasiment inconnue de ce côté-ci de l'Atlantique, la Singularity University a déjà eu les honneurs des médias américains. Il faut dire qu'elle a été fondée par deux personnalités emblématiques de la high-tech californienne, Peter Diamandis et Ray Kurzweil. Le premier s'est fait connaître avec la fondation X-Prize, une organisation à but non lucratif qui lance régulièrement des défis richement dotés pour « rendre l'impossible possible » : vol spatial privé ou voiture consommant moins de 2 litres aux 100 kilomètres au début des années 2000, envoi de robots sur la Lune plus récemment.
Ray Kurzweil, qui est longuement intervenu vendredi à Budapest par visioconférence, est un personnage encore plus étonnant - mais aussi plus controversé. Agé de soixante-cinq ans, ce génie de l'informatique, spécialiste des technologies et futurologue à succès, a popularisé dans un livre publié en 2005 (« The Singularity is Near ») l'idée de « singularité ». Ce concept désigne le moment où les ordinateurs deviendront plus intelligents que les humains, ce qui devrait arriver selon Kurzweil vers 2045. Devenu un des théoriciens les plus influents du transhumanisme - un courant de pensée qui prône le dépassement de l'humain grâce aux technologies -, Kurzweil est aussi depuis un an, le « director of engineering » de Google.
Le groupe de Larry Page et de Sergei Brin est d'ailleurs très présent dans les conférences de la Singularity University : le directeur général de cette dernière, Rob Nail, porte des Google Glass sur scène, et d'autres inventions comme la Google Car ou le service Google Now sont souvent citées en exemple. Cela n'est pas dû au hasard : « Google ne nous finance plus, mais il a été un de nos sponsors de départ,explique Rob Nail. Larry Page a participé à notre conférence de lancement, et c ertains de leurs dirigeants viennent régulièrement parler à nos élèves. Nous collaborons aussi un peu avec Google X, le laboratoire qui est à l'origine de plusieurs projets comme leur voiture sans chauffeur. » Les bureaux de la Singularity University sont situés à Mountain View, sur le site du centre de recherche californien de la Nasa, à une poignée de kilomètres du siège de Google.

« Eduquer les leaders »

Aux côtés d'autres sponsors comme Nokia, le groupe de biotechnologies Genentech ou l'éditeur de logiciels 3D Autodesk, Google et la Nasa sont les principaux partenaires de cette université... qui n'en est pas une. Car l'enseignement de la Singularity University n'est pas homologué - « C'est de toute façon impossible, car nos cours changent en permanence pour s'adapter à l'évolution des technologies », justifie Salim Ismail, chargé du développement mondial de l'organisation et ancien vice-président de Yahoo!.
Autre particularité, le cursus le plus long ne dure que dix semaines, chaque été, avec des promotions d'environ 80 étudiants par an pour un tarif de 29.500 dollars. Ce « summer camp » technologique inclut la mise au point d'un projet pouvant ensuite être incubé sur place - cette structure, appelée « SU Labs », regroupe déjà une vingtaine de start-up dont ModernMeadow, qui s'est fait connaître en imaginant une imprimante 3D capable de produire de la viande. Le reste de l'année, l'institut propose plusieurs « executive programs » d'une semaine destinés aux cadres dirigeants (Coca-Cola ou Goldman Sachs font partie de ses clients), aux investisseurs ou aux gouvernements. Facturés 12.000 dollars, ces séminaires font intervenir des personnalités aussi renommées que le biologiste Craig Venter, pionnier du séquençage du génome humain, ou Vinton Cerf, l'un des pères fondateurs d'Internet et vice-président de... Google.

Le linéaire et l'exponentiel

Que la formation dure tout l'été, une semaine ou deux jours, les objectifs sont les mêmes : « éduquer, inspirer et donner aux leaders les moyens » d'appréhender ce que laSingularity University appelle les « technologies exponentielles ». Cette notion est au coeur de la plupart des interventions : « Alors que l'être humain appréhende l'évolution du monde de façon linéaire, en envisageant une progression limitée, les nouvelles technologies se caractérisent par des progressions exponentielles », explique Salim Ismail. L'exemple le plus connu est la loi de Moore, énoncée par un des fondateurs d'Intel en 1975 et toujours vérifiée depuis, stipulant que le nombre de transistors sur une même puce double tous les deux ans.
Pour Ray Kurzweil, cette progression spectaculaire s'applique également à la biotech (le coût du séquençage de l'ADN a été divisé par 1 million en dix ans), aux télécommunications (le nombre d'abonnés à la téléphonie mobile est passé de moins de 1 milliard en 2000 à plus de 6 milliards en 2012) et plus largement à l'ensemble du progrès humain, « qui connaît depuis deux siècles une accélération exponentielle ». Partant de ce postulat, Kurzweil ne s'interdit pas les prédictions les plus incroyables : « L'ordinateur du futur aura la taille d'une cellule » ou « Les humains vont fusionner avec les machines. » C'est ce qui l'a rendu célèbre aux Etats-Unis, et une partie du public de Budapest était visiblement venu pour cela.
Les autres intervenants ne sont pas aussi extrêmes dans leur vision du futur, mais tous sont animés d'une conviction identique : la convergence des technologies « exponentielles » est une bonne chose, car l'accélération du progrès permettra de régler les plus grands défis de l'humanité - qu'il s'agisse de nourriture, d'environnement, de sécurité ou de pauvreté.
« Nous vivons dans un monde où 3 milliards d'êtres humains vivent avec moins de 2,50 dollars par jour. Nous avons tout ce qu'il faut pour les aider et pour arriver dans un monde où l'énergie et la nourriture seront abondants », affirme Rob Nail. A condition toutefois que les humains, et en premier lieu leurs gouvernants, ne se mettent pas en travers du progrès technique, comme le font les pays européens avec les OGM, par exemple. « Nous n'avons pas la capacité de nourrir la population mondiale sans y avoir recours, estime Salim Ismail.Nous ne défendons pas Monsanto pour autant, car leur approche est dangereuse et uniquement motivée par l'argent. Mais l'interdiction des OGM est également dangereuse, car elle coûte des vies en Afrique. »
La Singularity University s'active donc à convaincre non seulement les étudiants et les entrepreneurs, mais aussi les gouvernements des bienfaits de ces technologies, même si certaines font peur au plus grand nombre. « Les pouvoirs publics ne sont pas armés pour comprendre les technologies exponentielles, estime Salim Ismail. Ils ont donc tendance à vouloir entraver leur progression, ce qui ne sert à rien. Quand George W. Bush a limité les recherches sur les cellules souches aux Etats-Unis pour des raisons idéologiques, elles ne se sont pas ralenties pour autant. Elles sont parties en Chine ou au Canada. »
Aujourd'hui, la Singularity University s'adresse donc ouvertement aux administrations, que ce soit à travers des programmes de formation sur mesure - l'Uruguay a été le premier pays à faire appel à elle en avril dernier - ou en les invitant à ses conférences. Une évolution logique au regard des objectifs de l'institut, mais qui inquiète certains. « On peut voir la Singularity University comme un outil de propagande transhumaniste, qui vise à présenter les NBIC sous un jour favorable », estime le médecin et écrivain Laurent Alexandre, PDG de la start-up de biotech DNA Vision.
Certes, Rob Nail reconnaît qu'il faut étudier ces technologies« en étant conscient qu'elles peuvent avoir de bons et de mauvais aspects », et si Ray Kurzweil convient qu'elles peuvent avoir « des côtés sombres ». Mais les risques éventuels, les questions éthiques ou les conséquences sociales ont été à peine effleurés par la plupart des intervenants de la conférence européenne. Que deviendra le monde du travail quand les ordinateurs seront plus intelligents que nous ? Faut-il autoriser sans limite les modifications du génome humain ? Quel usage un gouvernement totalitaire pourrait-il faire de ces technologies ? A Budapest, si, sur scène, les prestations étaient spectaculaires, la plupart des questions importantes sont venues de la salle. Et sont souvent restées sans réponse.
Retrouvez les images de la conférence sur lesechos.fr/diaporama
Les points à retenir
La Singularity University a été fondée en 2009 par Ray Kurzweil et Peter Diamandis.
Elle propose des formations aux technologies les plus avancées destinées aux étudiants et aux dirigeants d'entreprise.
Hébergée sur le campus de la Nasa en Californie, elle entretient des liens étroits avec Google et d'autres entreprises de la Silicon Valley.
Ses dirigeants estiment que les nouvelles technologies peuvent résoudre les principaux problèmes de l'humanité, et qu'il ne sert à rien de freiner leur expansion.
Benoît Georges

vendredi 4 septembre 2015

Thierry Bardy - Comment peut-on manager l’innovation dans un monde de plus en plus globalisé ?







A l’occasion de la sortie de leur livre  « Management de l’innovation et globalisation », préfacé par Stéphane Richard, Thierry Bardy accueillera :




Sihem Ben Mahmoud-Jouini, professeur associée à HEC,
titulaire de la Chaire « Management de l’Innovation et Globalisation » Orange-HEC.

Christophe Midler, directeur de recherche au Centre de Recherche en Gestion et professeur de Management de l’Innovation à l’Ecole Polytechnique.
       

·         Peut-on encore centraliser l’innovation et répondre aux variétés des marchés internationaux ?
·         Quels sont les processus de déploiements des innovations les plus utilisés dans les entreprises multinationales ?
·         Quelles sont les adaptations locales et culturelles nécessaires pour innover localement ?

Toutes ces questions et beaucoup d’autres sont abordées à travers l’ouvrage qui explore et analyse les pratiques de plusieurs multinationales que sont Air Liquide, Essilor, Orange, Sanofi, Renault, Ubisoft, Valéo, etc.